Mercredi 15 Aout
Je ne vous parlerai pas du concert d'Elvis Perkins pour une raison évidente, je ne l'ai pas vu.
J'ai été étonné de m'apercevoir qu'il était programmé aussi tôt. Il a commencé son concert à 19h15.
Ni plus, ni moins. Deception d'entrée de jeu, de ne pas avoir pû voir sur scène celui qui a sorti l'un des meilleurs album de l'année 2007.
Herman Düne (Fort Saint Père)
Le déluge pluvieux s'en donne à coeur joie avant l'entrée en scène des Herman Düne, le temps s'étire pour les personnes restées en t-shirt. Les membres d'Herman Düne attendent patiemment à gauche de la scène. Buvant bières sur bières, tres détendus visiblement. David Ivar salut la foule, Neman la charie et se félicite de ne pas être trempé.
Le groupe entre sur scène.
"Giant" a été tres largement mis à l'honneur.
En particulier les deux fabuleuses " I Wish I Could See You" et "You Name My Game". Ils n'hésitent pas non plus à revenir à leur premier album. Une folk simple et sautillante parfumée de nostalgie.
Particulièrement sur l'excellente "Not On Top". Mais aussi la joyeuse mélodie "1 2 3 Apple Tree" qui reçoit de merveilleux échos du public.
Comme à son habitude David Ivar s'est reservé une chanson en solo, une ballade minimaliste, statique, cheveux au vent. Fumée éparse.
La pluie cesse temporairement pour mieux revenir.
Derrière à ma gauche, quelqu'un hurle entre les chansons "My Friends Kill My folks", hé hé ma chanson préférée, même si elle ne sera pas de la partie aujourd'hui.
Herman Düne conclut de la plus belle des manières avec "Take Me Back To NYC".
Superbe concert donc, même si le temps n'y était pas.
Et que les deux concerts suivants seront encore plus inoubliables.
The National (Fort Saint Père)
Tout le monde (ou presque) s'accorde à le dire, The National était le meilleur concert de la soirée.
J'irai plus loin en disant que c'était l'un des meilleurs concerts au quel j'ai assisté.
La classe à l'été pure.
Oui j'ai vérifié, ils viennent bien de New York. Bizarrement personne ne savais de quelle ville ils venaient, mais il suffisait de demander d'où ils venaient apres le concert pour entendre :
"je sais pas, New York à mon avis".
Parce que oui, Ils respirent l'effervescence de la Grande Pomme. Rageur à la manière d'un Frank Black (Pixies) quand ils reprennent le tres bon "Alligator", classieux tel Interpol lorsqu' ils réinterpretent le fabuleux "Boxer". Des chansons comme " Mistaken For Strangers", "Squalor Victoria" ou encore l'équilibriste " Fake Empire" font des étincelles.
Sombres et remuantes, les chansons sont plus énergiques que sur album. The National a été également hier soir particulièrement brillant dans les chansons plus calmes.
L'indépassable " Racing Like A pro ", peut être le plus beau moment du plus beau concert
Un chanteur épileptique dans sa bulle, en apnée.
The National vient de placer la barre tres haute.
Un court dialogue qui a mon avis résume tout, les personnes se reconnaitront :
"il joue sa rock star quand même."
" Oui, il peut !"
Un concert passé à la vitesse de l'éclair. Essentiel.
Art Brut (Fort Saint Père)
J'étais le seul des 5 à connaitre ce groupe, pourtant je suis pas le seul à avoir apprécier.
Je n'avais pas entendu Art Brut depuis plus d'un an.
Les londoniens sont montés sur des ressorts et chaque chanson est tubesque.
Les boulets de canon "My Little Brother" et "Bang Bang Rock N Roll". Le fulgurant et lumineux "Moving To LA". Les chansons s'enchainent tres vites et sont bondissantes.
Pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, la sensation d'un ventre mou au milieu du concert s'installe. Mais elle ne restera pas longtemps.
Eddie Argos semble un chouïa narcissique, mais il y a à mon avis pas mal de second degré dans tout ça.
Il s'adresse beaucoup à la foule.
Celle-ci n'attendant qu'une chose : "Emily Kane" et le tube interplanétaire " Bad Week End".
"Emily Kane" d'abord, le chanteur s'arrête en plein milieu et dit alors quelque chose comme :
"il s'agit d'une chanson a propos de mon ex-petite amie, vous pensez à la votre, vous, vous, vous et vous... oui vous y pensez encore, maintenant.... et oubliez là, maaainntenant..........."
Apres avoir rendu un hommage énergique aux groupes présents ce soir, Art Brut se lance dans le tube parmi les tubes, la salvatrice "Bad Week End".
Une chanson de tres haute volée comme l'intégralité du concert.
Important.
Jeudi 16 Aout
Sebastien Schuller ( Au Palais Du Grand Large - Saint Malo)
Un concert pas comme les autres, c'est le moins que je puisse dire.
Imaginez un concert gratuit dans une petite salle, un parquet illuminé par le soleil présent dans le ciel bleu, une baie vitrée parcourant le demi-cercle, surplombant la baie de saint-malo.
Les mouettes qui parcourent cette baie vitrée de long en large passent à pleine vitesse, d'autres restent suspendues dans les airs.
Aucune scène, juste un piano posé sur le parquet, une batterie et divers instruments.
L'originalité de ce concert repose également sur le fait que "Happiness" de Sebastien Schuller est un de nos albums de chevet, et que là, nous ne connaissions aucune des chansons proposées.
Quelques problêmes techniques n'empêcheront pas Sebastien Schuller de nous présenter son nouvel album. Une fibre "radiohead" se dévoile délicatement sur deux morceaux.
Enfin autre singularité, une partie du public dont nous étions, pouvait voir à défaut de Sebastien Schuller, le dos de son piano. Il a fallu quasiment la toute fin pour l'apercevoir, mais là n'était pas franchement l'important.
Allongé, un oeil sur la mer ou sur le ciel bleu azur, on se dit qu'on vient de trouver la fonction "arrêt sur image", et le plaisir de contempler ce délicieux moment avec nostalgie comme si il avait déjà filé.
Un baume tout en douceur.
"Dream Brother".
Petit aparté, j'ai pris la décision de ne pas parler des artistes qui m'ont déplu ou déçu. Ils ont assez d'eux même pour s'accabler tout seul sur scène. Je n'ai aucune envie de descendre des artistes sur ce blog, ce n'est pas mon but. D'autant que je ne serai pas capable de faire 1/10ème du concert le plus chiant que j'ai vu.
(Si je ne parle pas de tous les artistes, c'est aussi parce que je n'ai pas vu tous les concerts)
The Besnard Lakes (Fort Saint Père)
J'attendai avec impatience ce concert, même si je ne comparerai pas mon impatience à celle de mon frère, ni à l'attente du concert suivant...:-) En tout cas cet engouement était amplement justifiée.
" Qu'est ce qui inspire autant les groupes canadiens aujourd'hui?
Pourquoi sont ils meilleurs que les autres? "
Montréal semble enfanter chaque année, les artistes les plus captivants de cette planête.
Je crois que nous sommes nombreux à nous poser cette question. J'ai ma théorie , que j'étaye sur des paysages magnifiques, un esprit de groupe sans borne et une diversité bienfraitrice.
Rien que ça oui.
Olga Gorea, bassiste et chanteuse, se trouve au centre de la scène.
A sa gauche, Jace Lasek chanteur, ressemble à s'y méprendre à un berger des alpes.
Derrière eux, le batteur écossais : sosie d'un des acteurs de Braveheart.
La trâme de fond rustique et écossaise met en valeur la grace et le coté sexy de Olga Gorea.
Une prestation fidelle à l'univers du dernier album de ces 6 canadiens.
Atmosphérique, psychédélique et vertigineux.
Sur une balançoire dans un monde imaginaire, j'ai eu cette image dans la tête pendant tout le concert.
Un mouvement perpetuel dans un endroit inconnu.
Mes deux moments préférés resteront les funambules "Disaster" et "For Agent 13".
Il faut noter le tres bon accueil de la part d'un public qui ne les connaissait pour beaucoup, pas encore.
Direction "Mellon Collie And The Infinite Sadness".
La tête déjà remplit d'étoiles.
Smashing Pumpkins (Fort Saint Père)
Dans quelques minutes, les Smashing Pumpkins entreront sur scène.
Musique Jazzy fort sympathique en d'autres occasions, mais là qui semble interminable.
Le "oula....", le "c'est lui, c'est Billy Corgan..." de Pierre-Marie.
Le "arrête de nous faire ce coup là" de Olivia.
Le "Il faut savourer cette attente, on s'en rappelera apres le concert" de mon frère.
Le "je vais tomber dans les pommes" de moi même.
La manipulation des organisateurs de la route du rock qui n'ont rien trouvé de mieux que de mettre un assistant chauve pour regler les instruments. Grand qui plus est.
La tension qui monte sans discontinue.
Cette pensée furtive qui me revient : "si mon coeur ne me lache pas là, il tiendra encore tres longtemps."
L' attente.
10 000 personnes (au jugé) pour la plupart adulte, ou en train de le devenir comme moi même, attendant cette voix qui les a accompagné durant cette période sinueuse : L'adolescence.
Enfin ils arrivent, jimmy Chamberlain et Billy Corgan s'avancent sur la scène sous les acclamations d'un public déjà rallié à sa cause. Je ne saurai vous détailler d'une quelconque manière les deux filles les accompagnant, totalement transparentes.
Les chicagoens entament les festivités avec un "United States" de plus de 10 minutes, la guitare de Billy s'envole, alors que Chamberlain martyrise sa batterie. Puis viennent les grands classiques, un magnifique "Tonight,Tonight", un "Bullet with the butterfly wings" scandé par la foule.
" The world is a vampire......."
"Despite all my rage, i'm still just a rat in a cage."
Mais en réalité les deux chansons qui enflammeront le fort saint père sont l'indépassable "today", et surtout l'explosive "zero".
" To Sheila" envoute des les premières notes.
L'ambiance est tres mystérieuse. Sombre et quasi religieuse.
Et il m'est tres difficile de restranscrir tous mes sentiments.
Quelques dizaines de sensations chaque seconde. Parfois contradictoires.
La réalité et les souvenirs se superposant.
Cela se produit parfois lors des concerts (la dernière fois que ça m'est arrivé, c'était Queen Adreena), mes yeux n'ont pas décollé de Billy Corgan. Surplombant la scène de ses 2 mètres de haut, penché sur sa guitare, il captive la rétine de la plupart des personnes présentes.
Sa guitare s'envolant à la toute fin, suivi d'un solo de batterie tres puissant.
Ils quittent la scène, et je me dis déçu que ça a été trop court.
40 minutes dans ma tête. Rajoutez une heure pour la réalité.
Apres ce concert, j'ai eu une sensation d'accomplissement.
L'impression d'être remplit de quelque chose qui me manquait depuis plusieurs années.
Pas quelque chose de vital, ni de fondamental, ce concert ne va pas changer ma vie.
Billy Corgan m'a fait aimer la musique.
Cette affirmation tenait ces derniers temps plus du subconscient que de ma conscience,
aujourd'hui cette conscience est remplit d'une nouvelle reconnaissance.
Ah oui, les groupies à la con, amateurs de nouvelles technologies.
Si vous allez à un concert pour prendre des vidéos d'une qualité merdique;
qui au mieux vous rapporteront des " ah, putain t'y étais",
au pire des "change de portable, on voit rien".
Allez vous faire foutre, vous et votre soit disant "amour de la musique",
qu'il vous faut démontrer à tout prix.
Vendredi 17 Aout
Voxtrot (Fort Saint Père)
Jeune groupe texan, Voxtrot a sorti un excellent album pop, inspiré notamment par Belle and Sebastian. Ce n'est pas le premier groupe Texan a nous enchanter, repensez à Midlake et Grandaddy....
19 h 15 : Un public peu nombreux, et en train de digérer son dîner. Les pires conditions qu'il soit pour un jeune groupe inexperimenté. Pourtant le concert sera assez énergique. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir toute la bonne volonté qu'il y a dans ce tres jeune groupe.
Dommage qu'ils n'aient pas joué la chanson estivale par excellence : "Future Pt1".
Sorte de Spinto Band de 2007, excellent sur album et un peu décevant en concert.
Mais vu leur tres jeune age, ils devraient dans quelques années être programmé bien plus tard dans la soirée.
Decevant mais tres prometteur. Comprendra qui pourra.
Electrelane (Fort Saint Père)
Je ne connaissais ce groupe que de réputation, et cela a été l'une des excellentes surprises du festival. Sorte de Stereolab à guitare, hivernal.
Ces 4 jeunes femmes originaires de Brighton ont effectué un set sans faute, tres puissant.
Elles partagent sur scène leur passion des rythmiques relevés et des saturations.
Un bonheur de jouer leurs nouvelles trouvailles qui transparait, et qui fait plaisir à voir.
3 chanteuses, l'une selon moi, un peu plus mignonne que les 3 autres.
La jeune femme présent sur la gauche de la scène.
Je ne connais pas leurs noms, mais ça n'a aucune importance.
L'atmosphère est orageuse, brumeuse et joyeuse.
Une batterie infernale et puissante, des sourires sur les visages.
Me dire que ces 4 femmes sont un peu plus agées que moi me laisse pantoi d'admiration.
" After The Call " et " To the East " ont brillé de tres belle manière.
Cela donne une envie d'explorer l'intégralité de la discographie du quatuor, fort d'ores et déjà de 4 albums qui ont sucité des éloges pleinement fondées.
Le meilleur groupe de pop/rock "féminin" (sans aucun sous-entendu péjoratif) que je connaisse à ce jour.
Albert Hammond jr (Fort Saint Père)
Ce paragraphe va certainement paraitre assez vide comparé aux autres.
Trois raisons à cela, l'ombre immense du concert suivant,
le nombre de jours achevés depuis, et le fait que je ne possède pas l'album.
Pourtant cette prestation du guitariste des Strokes n'a pas à rougir et valait plus d'un détour.
Beaucoup plus pop que je me l'étais imaginé, le concert est à mon avis à l'image de l'album,
ficelé de la plus belle des manières, et avec des mélodies entêtantes et inspirées.
Il y avait une tres belle alchimie entre les différents membres sur scène.
Un concert haut en couleur, et extrement plaisant qui ne donne qu'une envie.
Si ce n'est de les revoir sur scène, du moins, se ruer dans les BACs.
Sonic Youth (Fort Saint Père)
2 semaines ont filé depuis le concert, quand j'écris cette phrase. J'ai l'impression que c'était hier.
Je ne suis pas un grand connaisseur de Sonic Youth, même si j'écoute ce groupe depuis aussi longtemps que les Smashing Pumpkins ou Radiohead. A la différence que je n'ai pas énormement écouté Sonic Youth, ceci dit, le plaisir aujourd'hui que j'ai à réécouter "Daydream Nation" en particulier, n'a pas d'égal.
Parce que c'est bien de ça dont il était question ce soir là, rejouer leur fameux album de 1988.
Titre à titre et dans son intégralité. Plutot alléchant et prometteur.
Mais les promesses n'ont pas été tenu, elles ont littéralement explosé.
"Daydream Nation" : l'album mythique par excellence, et le mot n'est ici ni galvaudé, ni usurpé.
L'un des albums de rock indé les plus connu au pays de l'oncle Sam et un peu partout sur le planisphère.
Sonic Youth mérite tres largement sa réputation de groupe de scène. Tout a commencé evidemment par un "Teen Age Riot" énorme, tres puissant, finissant en distorssions démoniaques, des hurlements de guitares, une vraie jungle d'instruments éructant le martyre.
Une rage jouissive, destructurée, foutraque, et que jamais je n'oublirai.
Et puis New York en toile de fond. Nocturne bien sûr, et sous les flocons.
La neige qui fond à vue d'oeil avec l'incendiraire "Silver Rocket".
Ce concert a surement eu lieu, ou à ceci pres, 20 ans plus tôt. Une telle pensée donne le vertige.
Oh toi Tout Puissant, qui que vous soyez, faites que je vieillisse aussi bien que la musique de Sonic Youth. D'ailleurs il n'y a pas que la musique qui vieillit bien. Kim Gordon, et bien la demoiselle est tres tres tres bien conservée pour son age; et d'où j'étais du moins, j'ai observé avec plaisir un bouillant sex-appeal.
On faisait la reflexion qu'il était difficile de l'imaginer en maman poule. Et, c'est vrai, imaginez Kim Gordon dire à ses enfants "bon écoute mon chou, va faire tes devoirs avant de venir manger", c'est comme imaginer PJ Harvey faire la bobonne à la maison en attendant gentiment son mari.
Où bien, c'est comme penser un concert de Sonic Youth sans que les tympans en prenne un coup.
Bref c'est impensable.
Les 4 New Yorkais ont la rage de leur 20 ans, et l'experience en plus. Chacun prend le micro, tour à tour, sauf le batteur évidemment, qui aura été absolument impeccable ce soir. Le plus grand moment du concert sera à mon avis " Total Crash", inoubliable. Sans oublier le coup de poing "Hey Joni" et les excellents "Candle" et "Cross The Breeze".
J'allais occulter la tres tres tres entrainante et intrépide déflagration qu'est "Kissability".
Mais en fait des grands moments, il y en a eu à la pelle, et il est difficile de retranscrire ceci.
Surtout pour un non érudit.
Montée en puissance apoplectique, saturations asphyxiée. Sorte de montagne Russe, sauf que là vous avez la tête en bas pendant plus de 2 heures, et que vous passez à toute vitesse à 10 cms du sol.
Tout est sur le point d'exploser à tout moment. Et des explosions, il y en a eu.
En dehors de Daydream Nation, il y a eu un "petit rappel". Oui,oui, des rumeurs ont couru,
Sonic Youth (à 5 pour l'occasion) serait parti pour une nuit blanche, en jouant tous leurs albums.
Je connais moins ces chansons, et pourtant, j'ai savouré pleinement.
Cela donne envie de se pencher sur la discrographie récente du groupe.
Mystique, mythique, tout ce que vous voulez...
Mais je finirai ce compte rendu par l'un des mots les plus présent sur ce blog, je le sais, mais quand je pense aux plus délicieux moments de musique, c'est le mot qui me vient en premier à l'esprit.
Jouissif, donc.
Le meilleur concert de la route du rock édition 2007.
Talonné par The National.
Suivis eux mêmes de pres par les Smashing Pumpkins, Besnard Lake et Electrelane.
Le plus délicieux Noël estival.