Radiohead – In Rainbows (2007)Un petit bonjour pour commencer à vous qui prenez le temps de passer par ici.
Vous êtes encore nombreux, et cela me fait énormement plaisir.
Le jour n'est pas encore apparu ici. Pourtant, la vie rennaise bourdonne déjà en direction des sous-terrains.
Si vous en avez ras le bol des louanges accordées à Radiohead, votre Salut tiendra alors à cette petite croix en haut à droite.
Le métro « In Rainbows » a pris son temps pour émerger. En définitive, mon impatience avait ligoté mon attente. Le monstrueux “Hail To The Thief” toujours aussi régulier et inusable, a tout de même laissé planer un espoir un peu fou dans la station. Espoir recompensé, puisqu'un vent nouveau allait s'immiscer dans le réseau ; via internet, la surprise fulgurante était née. Radiohead est de retour.
Le groupe se joue de nous. L'idée d'un paysage électro et foutraque était ancrée en moi. Que nenni. « In Rainbows » est à des années lumières de mon idée préconçue. Il y a de la volupté dans ces mélodies, une sensibilité voilée, une ambiance épurée.
« In Rainbows » est un rouleau compresseur de douceur.
Les chansons s'effeuillant à chaque écoute, laissent briller au delà de leur beauté, une grâce à l'état pur. Leur magnificence fait des étincelles dans la nuit.
Nue et Eternelle.
1) Radiohead – 15 Step (3'57)“One By One”, Radiohead gravit les marches de l'éternité. Les sonorités électroniques syncopées se rapprochent des ambiances concoctées par le fabuleux groupe allemand de “Lali Puna”. Thom Yorke n'a d'ailleurs jamais fait mystère de cette influence.
Le mariage de la simplicité et de la profondeur fait mouche.
Le chant de Yorke est limpide, aéré, et d'une justesse absolue.
La joie enfantine de la cour d'école fait son apparition, vite étouffée par la batterie (boite à rythme ?) à la rondeur bienveillante. La voix prend ses aises, s'étend, ondule et s'épanouie comme jamais.
2) Radiohead – Bodynatchers (4'02)Basse ronronnante, guitares electriques, le chant est ici plus relevé, la voix glisse littéralement sur votre peau, lui insufflant frissons et chair de poule à tout va.
2'18 : Pour moi, c'est ici que les choses sérieuses commencent.
Des millions de trajets dans une voix, des milliards de papillons dans le bas ventre.
La passion, la mélancolie, la douleur, la douceur, l'amour, la compassion, et la foi en l'être humain. Une foi ressentie, fut ce subrepticement, qui n'en est pas moins irrésistible.
Ce sentiment est indéfectible. Radiohead nous rappelle que la Passion non seulement maintient en vie, mais surtout, la redonne.
La musique de Radiohead est effrayante et rassurante. Effrayante, car vous réalisez que votre sensiblité a finalement une grande part d'universel. Rassurante, précisement parce que votre sensibilité a une facette universelle. Non pas que notre sensibilité soit flambloyante d'elle même, mais elle l'est particulièrement lorsqu'elle est partagée.
Excusez la digression. Revenons en à nos moutons.
Radiohead signe ici une chanson de haute volée, rythmée, profondément humaine et émouvante. Même si pour moi, comme pour beaucoup, cela tient du pléonasme.
3) Radiohead – Nude (4'15)Pour paraphraser le magnifique Jorn Riel, ce morceau aurait pu s'intituler :
« Une mélodie qui donne un beau visage ».
Ballade en noir et blanc, sous la neige. « Nude » suit les traces de sa grande s½ur « Exit Music (For A Film) ». Radiohead se tente brillamment à l'ascèse. Sans fioriture, la mélodie se tisse avec tact. Dans un rai de lumière blanche et éclatante, les traits de votre visage s'épanouissent. S'apaisent jusqu'à l'infini.
En ne tenant aucunement compte des paroles, cette chanson est la plus belle déclaration d'amour à la Vie qui n'ait jamais été écrite.
Fragiles et Somptueuses.
Cette chanson et la vie le sont assurément toutes les deux.
En revanche,si l'une, à mon avis est éternelle, l'autre de l'avis de tous ne l'est pas.
Jusqu'à preuve du contraire, la musique de Radiohead l'emporte sur nos vies.
En d'autres termes, cette sensibilité partagée survivra à nos vies.
Perspective plutot réjouissante et optimiste ? Je le crois.
L'autre titre de cette mélodie aurait certainement pû être :
« Le chant pour celui qui désire vivre. »
4) Radiohead – Weird Fishes Arpeggi (5'18)« Weird Fishes Arpeggi » est une chanson dans le vent, au sens littéral du terme. Le chant de Thom Yorke se love ici avec une justesse sidérante dans une ambiance atmosphérique et aérée. “Why Should I Stay? Follow Where You Live, Your eyes.., Return Me (...) I Follow To The End..(...) and Weird Fishes, Weird Fishes, Weird Fishes..”
3'41 : La batterie du début est de retour, régulière et douce, la voix de Yorke se fond dans un brouillard aérien. Cette dernière est enveloppée dans une ambiance qui tient autant du cocon douillet que d'un paysage troublé à la David Lynch. Tout en contraste.
Il y a une urgence un peu desespérée ici. Reminiscences lointaines. Souvenirs confus.
Rêve abstrait. Et comme dans le renversant “Boxer” de The National, l'image (ne me demander pas pourquoi) de New York sous la neige.
5) Radiohead – All I Need (3'48)Le titre de cette chanson lui sied à merveille.
Basse vrombissante, voix nonchalante et ces petites touches de xylophone qui font merveille. La palette d'émotions ressenties ici est d'autant plus inédite, que la chanson est d'un minimalisme certain. On vit ici la musique de Radiohead sous un angle inédit, avec le c½ur gonflé d'une nouvelle énergie. Pourtant, on le sait, cette musique émeut non pas car elle est de Radiohead, mais parce qu'elle est précisément ce qu'elle est. Cette musique chapeaute les noms propres, elle est au final simplement une bulle renfermant des sensibilités vagabondes allant de frissons en frissons.
Sorte d'héroïne musicale. « You're all I Need, You're all I Need... ». Le chant de Yorke et ces luminseuses touches de xylophone catalysent l'inquiétant ronronnement des basses.
2'44 : Apparition du piano pour une fin en apothéose.
Emballement de tout bord, la voix de Yorke s'envole, libre et légère de tout.
Une ôde à la mélancolie salvatrice.
6) Radiohead – Faust Arp (2'09)Je sais pas ce qu'il en est chez vous ; cette chanson me fait penser pour ma part à l'un de mes morceaux préférés de « Hail To The Thief », celle qui arrive en fin de course : « A Wolf At The Door ». Ici, le son y est évidemment davantage épuré. La voix de Thom Yorke surfe délicatement sur ces vagues de violons, accompagnée par ce doux son de guitare accoustique. Doux crépuscule alors que le soleil vient de disparaître, l'océan pourtant inquiétant vous renvoit un lancinant sentiment de liberté.
Une caresse crépusculaire.
7) Radiohead – Reckoner (4'50)Quelques notes de guitares timides qui soutiendront sans cesse la mélodie, bruit de percussions, de cymbales se mélangeant, et Thom Yorke qui entre en scène avec un chant majestueux. Doux euphémisme en réalité. Mes mots sont faibles pour décrire la justesse de l'interprétation. Radiohead atteint une fois n'est pas coutûme, un nouveau sommet de grâce. 2'33 : La voix nue de Thom Yorke brûle le c½ur, et touche à la substantifique moelle de votre sensibilité. Elle met en exergue précisément ce que vous avez de plus beau en vous. Au plus profond de votre âme. Sentiment de légereté, et d'insouciance totale. L'envie de partage, absolue et insatiable.
Une chose est certaine, si les membres de Radiohead en ont marre de leur succès, moi, tant qu'ils produiront des chansons de cet acabit, je ne m'en réjouirai jamais assez. Arriver aujourd'hui à vendre autant d'album, à toucher autant à travers le monde, en conservant cette sincérité, cela tient du miracle. Radiohead est l'un des derniers oasis d'intégrité dans le monde pourri du tout (« too ») « music business ». Arrêtez vous, tous autant que vous êtes, et buvez sans cesse de cette eau revigorante et éclatante de beauté.
Vous ne le regreterrez jamais.
Je ne sais plus de qui est cette phrase, mais elle est restée ancrer en moi, car je le trouve simplement belle. Et Radiohead vient encore une fois de la ramener à la vie :
« L'universel est un studio sans mur ».
8) Radiohead – House Of Cards (5'28)Ballade langoureuse sous un ciel étoilé. Un couple flirtant sur une balancelle dans le noir de la nuit. Un soir d'été. La déclaration de l'homme transi d'amour : « je ne veux pas devenir ton ami, je veux simplement devenir ton amour ».
L'ombre de l'inusable « Exit Music (For A Film) » plane ici également. La fuite de la maison familiale, la recherche d'une émancipation à deux. Et une demande insistante, presque desespérée « Oubli ta maison de cartes ».
C'est ici, et maintenant que tout se joue. « Tonight, Tonight... »
Il y a beaucoup de désespoir et de douceur dans ce morceau. Une mélodie apaisante sous la lune et les étoiles filantes, dans le ciel obscur. L'ambiance est à l'image de l'album, éthérée et irrésistible.
9) Radiohead - Jigsaw Falling Into Place (4'08)Ma chanson préférée de cet album. Celle qui ponctuera nombres de sorties raffraichissantes des couloirs du métro. La chanson qui m'a fait, me fait et me fera penser à toi, et à cette nouvelle vie qui s'est offerte à nous. Revigorante et majestueuse.
Course effrenée dans les dédales sous-terrains, guitare limpide et sautillante, batterie guillerette et sobre, murmures diffus dans un vent s'intensifiant de seconde en seconde.
La puissance de cette chanson tient en sa subtilité, les variations de la voix de Thom Yorke font pleinement opérer la beauté tumultueuse de ce morceau. Sprint vers l'avenir, vers le tres haut, vers le tres tres haut, incontestablement.
3'00 : Jeu de guitare beau à pleurer
3'11 : Dernier sprint avec un chant de Yorke qui pointe vers les aigus. Il y a beaucoup de joie et de rage dans ce morceau. L'envie irrepréssible d'avancer. D'aller de l'avant, et de cesser un tant soit peu d'apprehender l'avenir comme une variation du passé.
Ce que je ressent à l'écoute de cette chanson m'apporte un début de réponse, à la question existentielle qu' Edward Yang pose dans l'éblouissant « Yi Yi » :
« Pourquoi a t'on peur des premières fois ?
Chaque jour est une première fois.
Chaque matin est neuf.
On ne vit jamais la même journée.
Et on a jamais peur...
...de se lever le matin.
Pourquoi ? »
10) Radiohead – Videotape (4'39)Une ballade dénudée pour fermer le rideau.
Le piano se taille une belle part du gateau, au milieu de la pièce.
La justesse du chant de Thom Yorke est toujours à son zénith, cette douceur sera écoutée, et réécoutée dans les decennies, voir dans les siècles à venir. Il y a beau y avoir de plus en plus de moyens technologiques pour créer, aucune machine, aussi intelligente puisse t'elle être, ne permettra à quiconque de produire des mélodies qui ont une telle âme, une telle sincérité foutrement humaine.
Une fragilité crystallisée et magnifiée par l'âme d'un groupe hors du commun.
Pour moi, Radiohead est ni plus ni moins le plus grand groupe qui ait foulé à ce jour le sol de cette terre
.
Radiohead est mort. Vive Radiohead !
A celle qui change ma vie chaque jour qui passe.
Bien à vous.
Benoît.
PS : Cet album est disponible au prix qui vous convient sur internet depuis un moment.
Sinon, il doit sortir selon toute probabilité le 31 décembre 2007.
(c'est à dire à ceci près à la date à laquelle je posterai cette critique)Quelques chiffres pour finir (en bref) :Nom de l'artiste : Radiohead
Nom de l'album : "In Rainbows"
Année : 2007
Nationalité : UK
Nombres d'album à ce jour : 7
Style : Pop/Rock
Ma note pour « Pablo Honey »: 14/20
Ma note pour " The Bends » : 17/20
Ma note pour " Ok Computer " : 19/20
Ma note pour « Kid A » : 17/20
Ma note pour « Amnesiac » : 15/20
Ma note pour « Hail To The Thief » : 19/20
Ma note pour cet album : 19/20
Mes chansons preferées sur cet album: « Nude » (3), « All I Need » (5), « Reckoner » (7), : « Jigsaw Falling Into Place » (9), “Videotape” (10)
Ma chanson préférée : « Jigsaw Falling Into Place » (9)